Enseignement

Suite à de nombreux témoignages et cas d’abus relayés au cours des dernières années, un constat est inévitable : l’enseignement des arts en Fédération Wallonie-Bruxelles est trop fréquemment basé sur la domination, l’omerta et un fort sentiment d’impunité.

Les échanges et conférences organisés en 2019 lors du cycle « Pouvoirs et dérives », mené à La Bellone, font état de relations de pouvoir et d’abus au sein des écoles supérieures artistiques (ESA) de la FWB, ouvrant la porte aux risques de violences sexuelles et/ou psychiques, de discriminations et d’abus de la part du corps professoral, mais aussi entre étudiant·es. Le rapport BEHAVES, publié en 2025 par l’Administration générale de l’Enseignement en FWB, arrivait aux mêmes conclusions.

Du fait de la taille restreinte de notre marché culturel francophone belge, ces pratiques basées sur la violence constatées dans les Enseignements Supérieurs Artistiques se transfèrent et se reproduisent hélas dans le monde professionnel de la culture. Nous constatons en effet avec regret une porosité des violences constatées en Enseignement Supérieur Artistique au sein du marché du travail culturel en FWB. Un exemple réel pour illustrer cette porosité : un·e metteur·euse en scène est aussi professeur·e de théâtre dans une école, commet un abus et impose à l’élève de taire l’événement, sous peine de
« n’être programmé·e sur aucune scène belge ». Par ailleurs, certaines pratiques, basées sur la domination et la violence, apprises en 
Enseignement Supérieur Artistique, sont clairement mises en œuvre et réitérées dans le cadre de relations de travail tout au long de la carrière artistique. Nous assistons à la transmission réciproque d’un modèle de discriminations et de violences.

Notre groupe, rassemblant diverses fédérations professionnelles, ne pouvait donc pas se pencher sur la question des VSS, abus et discrimination dans le milieu professionnel culturel, sans se pencher sur ces problématiques au sein des ESA. Nous avons ainsi participé, au premier semestre 2025, à des groupes de travail organisés par l’Administration générale de l’Enseignement, afin de mener à une modification du Décret Paysage (Enseignement supérieur FWB), pour y intégrer la lutte contre les VHSSD. Notre présence a permis de rappeler, lors de ces groupes de travail, les spécificités de l’enseignement artistique et la nécessité d’une connaissance de ses réalités lors de la prévention et la prise en charge de violences, abus ou discriminations survenues en ESA.

Bien qu’il n’échappe pas légalement aux réglementations en vigueur sur le bien-être au travail (notamment la Loi Bien-être au travail), le secteur culturel francophone belge est entaché, depuis plusieurs années, de nombreux cas de non-respect du bien-être psycho-social de ses travailleur·euses. Ces cas d’abus touchent à la fois des postes artistiques, techniques ou administratifs, et ce, qu’il s’agisse de personnel salarié, au sein de compagnies, de festivals ou de lieux en arts de la scène, ou d’indépendant·es.

Nous souhaitons néanmoins ici rappeler que la reconnaissance du rôle essentiel de la culture par les pouvoirs publics, tous niveaux de pouvoir confondus, constitue un préambule nécessaire pour assurer le bien-être des travailleur·euses de ce secteur. Le financement public des politiques culturelles a bien entendu un impact considérable sur le bien-être au travail dans le secteur culturel.

La reconnaissance, notamment, des spécificités du travail des arts et de la protection sociale y afférente, par le pouvoir fédéral, est essentielle afin de protéger les travailleur·euses.

L’avis détaille les spécificités de l’emploi artistique et comment celles-ci peuvent augmenter les risques psycho-sociaux. La situation est alarmante pour les travailleur·euses du secteur culturel : parmi les symptômes des risques psycho-sociaux observés dans le cadre d’une étude du Fonds 304 publiée en octobre 2024, les plus fréquemment cités sont le stress, la difficulté à se déconnecter du travail, le sentiment de surcharge et la culpabilité de surcharge, qui correspond au sentiment de culpabilité de ne pas réussir à « tout faire ».

Parmi ces risques psycho-sociaux, on retrouve aussi bien sûr les risques de subir des VHSSD sur le lieu de travail. L’étude du Fonds 304 précitée a mis en lumière des résultats préoccupants concernant les phénomènes de harcèlement au travail dans le secteur des arts de la scène. Depuis 2017 et la prise de conscience liée à la vague Me Too, une libération de la parole a aussi eu lieu dans le secteur des arts vivants francophone belge, et de nombreux témoignages ont été partagés sur ce type de violence.

Afin de créer des secteurs professionnels où les membres de nos fédérations peuvent s’épanouir et se sentir en sécurité, protégé·es de toute discrimination, et ce, dès leurs premiers liens avec le monde du travail culturel francophone belge, nous avons identifié plusieurs pistes de solution, reprises dans l’avis de la Chambre de concertation des Arts vivants de juillet 2025.

(consultable dans l’onglet Ressources)